11.25.2015

Le mystère médiéval de la tombe des deux enfants enterrés sous la cathédrale de Francfort

La découverte en 1992 d'une double tombe lors de fouilles de la Bartholomaeuskirche, ou Cathédrale Saint-Barthélemy de Francfort, a fait impression sur les historiens.

Deux enfants d'environ 4 ans, l'un habillé et paré de bijoux dans le style de la noblesse mérovingienne, et l'autre incinéré dans une peau d'ours selon la tradition scandinave, avaient été trouvés enterrés dans un seul cercueil sous la cathédrale.

Vingt ans après, les archéologues ont publié les résultats de leurs investigations scientifiques sur les restes et le site d'enfouissement.

Les fouilles dans la cathédrale de Francfort. Photo: Archäologisches Museum Frankfurt

Il s'avère que ces deux enfants ont été enterrés entre 700 et 730 après JC dans la résidence d'un prêtre à côté de ce qui était alors une petite église. De plus, il semble que la tombe y fut honorée pendant plus d'un siècle, et que la chapelle construite par le Roi Louis II en 855 était parfaitement alignée avec cette tombe.... alignement sur lequel se basera la cathédrale plus tard...

"Nous ne savons pas exactement pourquoi ils ont été honorés, c'est toute la question" rapporte le professeur Egon Wamers, directeur du Musée Archéologique de Francfort, "on peut supposer qu'ils ont joué un rôle important dans cette classe aristocratique à Francfort... Nous connaissons un certain nombre de ces 'Adelsheiligen' (saints nobles) au début du Moyen Âge. Instruits, les gens de haute classe avaient un accès plus facile au statut de sainteté".

Des habits délicats ont été trouvés sur le corps de la fille, dont une tunique et un châle. Elle portait aussi des bijoux en or, argent, bronze et des pierres précieuses, dont une boucle d'oreille et un anneau, et enfin un brassard, un collier et des broches. Tout cela indique un statut élevé.

 Ces anneaux en filigrane ornaient ses doigts. Photo: Archäologisches Museum Frankfurt
 Au début des fouilles, les archéologues n'avaient pas réalisé que ces cendres étaient celles d'un enfant de quatre ans, accompagnées de griffes d'ours et autres ossements d'animaux. Photo: Archäologisches Museum Frankfurt
Le collier de la fille révèle des influences scandinaves. Photo: Archäologisches Museum Frankfurt

Les restes de l'enfant incinéré, mélangés avec les ossements d'un ours, ainsi que le collier de la fille copiant une amulette scandinave, sont une preuve supplémentaire de la relation étroite entre les tribus germaniques et celles du nord de l'Europe qui s'était développée le siècle précédent.

La combinaison d'éléments païens et chrétiens dans la tombe est un rappel de la lente propagation du christianisme en Allemagne.

A peine quelques années plus tard, dans une lettre écrite en 738 après JC, le Pape Grégoire III se plaint des pratiques païennes des tribus de Hesse et de Thuringe. "Cela pouvait être deux enfants de deux traditions culturelles différentes qui furent promis l'un à l'autre en mariage" suppose Wamers.

 En rouge sur le plan, le lieu où se situe la tombe dans la cathédrale. Photo: Archäologisches Museum Frankfurt


Une croix en or garnie ornant le linceul des enfants indique que l'enterrement fut chrétien. Avec la présence d'anciens rites païens allemands, la tombe reflète une époque où la région inférieure du Rhin a fait l'objet d'une transition religieuse. Photo: Archäologisches Museum Frankfurt

La situation stratégique de Francfort

Alors connue sous le nom de Franconofurd, la ville "avait déjà été détenue par les Romains et d'autres comme un précieux emplacement stratégique" avant les rois mérovingiens des Francs, explique Wamers.

Située sur une colline et à la rencontre de deux importantes routes commerciales, nord-sud et est-ouest, Franconofurd était la capitale d'une région collectant des taxes, une tête de pont pour l'expansion des Francs vers l'est, et un site où les rois itinérants des Francs installaient leur cour lorsqu'ils voyageaient dans la région. 

"C'était continuellement en cours de construction ou en reconstruction. Il y avait des bâtiments en pierres de grandes qualité, une église, un grand centre administratif, des fermes éloignées et des villages de pêche" ajoute Wamers, "En 794 après JC, lorsque Charlemagne y tint son grand synode, c'était suffisamment bien équipé pour l'ensemble de sa cour".


Quant aux deux enfants, ils sont les premiers restes humains jamais trouvés dans cette ville, avant cet évènement bien documenté. Et les détails sur la vie à Francfort restent en grande partie un mystère...

Relecture par Marion Juglin
Sources:

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6 commentaires:

Anonyme a dit…

Après 20 ans de recherches c'est tout ?

Eh bien moi j'ai au moins 2 questions (assez pertinentes à mon avis) sans réponses...

- Comment ont-ils su que les cendres appartenaient à un garçon de 4 ans ?

- Quelle serait la cause de la mort de la fillette ?

Nancy

Jann Lassalle a dit…

Bonjour Nancy,

J’essaie de voir si je peux avoir les réponses à ces question en essayant de contacter le professeur Wamers...

Anonyme a dit…

Ça serait super extra !

Merci Jann :)

Nancy

Mahlo Lorthiois a dit…

Qu'est ce que ça a donné ?

Jan Bardeau a dit…

Bonjour, je pense que, dans la dernière phrase, il doit y avoir une confusion entre le verbe teindre et le verbe tenir.
Bonne fin de journée.

Jann Lassalle a dit…

Bonjour Monsieur Bardeau,

Oui, le "e" était en trop... c'est corrigé. Merci pour la remarque !