3.26.2016

Rome Reborn 2.2: l'ancienne ville de Rome en 3D

Rome Reborn est une initiative internationale dont l'objectif est la création de modèles 3D pour illustrer le développement urbain de la ville de Rome antique, depuis les premières implantations de l'âge du bronze tardif (environ 1000 avant JC), jusqu'à la dépopulation de la cité au début du moyen âge (environ 550 après JC).

Avec l'avis d'un Comité consultatif scientifique international, les meneurs du projet ont décidé que l'année 320 après JC était la meilleure période pour commencer le travail de modélisation.

A cette époque, Rome avait atteint son pic de population, et les principales églises chrétiennes commençaient à être construites.
Après cette date, peu de nouveaux bâtiments civils furent construits. La plupart de ce qui a survécu de l'ancienne cité date de cette période, ce qui rend la reconstruction moins spéculative.

Mais après avoir commencé avec l'an 320 après JC, l'équipe de Rome Reborn à l'intention d'avancer dans les deux directions temporelles, avant et après, jusqu'à ce que l'ensemble de la période prévue par la mission soit couverte.

(J'avais déjà publié un article sur Rome Reborn en 2007: Rome reborn 1.0: une équipe internationale reconstruit la ville de Rome en 3D)

Aujourd'hui, la dernière version est Rome Reborn 2.2: il y a de nouveaux contenus, notamment le Panthéon ainsi que des animations avec des résidents typiques de Rome....

Voici quelques captures d'écran de la vidéo, et, en toute fin, la vidéo de Rome Reborn 2.2


Vue aérienne du centre de la cité vue depuis l'est. On peut voir, le Tibre, le Cirque Maxime, Palatine et le Colisée. Frischer Consulting. All rights reserved. Image © 2012 Bernard Frischer

Vue typique le long des berges du Tibre entre l'Aventin et le Trastevere, près du pont Probi. Frischer Consulting. All rights reserved. Image © 2012 Bernard Frischer

Vue aérienne de l'île du Tibre. On peut voir au loin le Cirque Maxime. Au sud de l'île on voit le sanctuaire d'Asclépios. Les deux ponts reliant l'île à la cité sont encore utilisés de nos jours: le Pont Fabricius et le Pont Cestius.
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Ici, ce sont les Bains de Trajan sur la colline Oppien, à l'opposé de l’amphithéâtre Flavien. Ces bains auraient inspiré les grands Thermes de Caracalla et de Dioclétien, construits au 3ème siècle. Frischer Consulting. All rights reserved. Image © 2012 Bernard Frischer

Le Cirque Maxime abritait la piste utilisée pour les courses de chars. Ce complexe a été reconstruit à de nombreuses reprises. Dans cette image, nous voyons le cirque, le palais impérial adjacent à la colline Palatine et le Septizodium.
Frischer Consulting. All rights reserved. Image © 2012 Bernard Frischer

Le Colosse de Néron (ou Colosse du Soleil) est une statue faite en bronze, érigée à l'origine comme portait de Néron dans le vestibule de son palace: la Domus Aurea. Lorsque Hadrien bâtit le temple de Vénus et de Rome sur le vestibule, il ordonna de déplacer la statue en ce lieu près de l'amphithéâtre. A un certain moment, la tête de Néron fut remplacée par celle du dieu du soleil.
Il ne reste rien de la statue de nos jours...
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Scène de rue. Les boutiques sont au premier étage des immeubles d'habitation. En arrière plan, les arches d'un aqueduc. Frischer Consulting. All rights reserved. Image © 2012 Bernard Frischer


Vidéo: visite virtuelle de la Rome antique en 320 après JC:



Merci à Audric pour l'info !

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3.25.2016

Le Tumulus des Moines de Cahokia aurait été construit en seulement 20 ans

Il faisait dix étages de haut et sa base était plus grande que celle de l'Empire State Building. Il y a presque un millier d'années, c'était la pièce maîtresse de la plus grande cité du continent au nord du Mexique.

Vue aérienne du Tumulus des Moines


Aujourd'hui, une étude pour déterminer comment les ingénieurs natifs ont construit le Tumulus des Moines, la plus grande structure en terre préhistorique d'Amérique du Nord, a révélé de nouveaux indices d'une importance cruciale: les graines et spores des anciennes plantes.

Les chercheurs étudiant la plate-forme géante du tumulus au cœur de la cité de Cahokia ont observé sa structure interne de très près. Leurs nouvelles découvertes suggèrent que cette énorme structure en terre a été construite étonnamment vite. "Le Tumulus des Moines est une architecture en terre incroyablement complexe" rapporte le Dr Timothy Schilling, co-auteur de l'étude, "Que l'on appelle cela de l’ingénierie ou non, les constructeurs maîtrisaient particulièrement bien leurs matériels. Nous avons observé d'importantes réparations effectuées sur le monticule, et celles-ci ont été refaites de manière très efficace."

A son apogée, entre 1050 et 1100 de l'Ere Commune, Cahokia abritait quelque 15000 personnes, et le Tumulus des Moines fut construit en son centre symbolique: une imposante série de terrasses rectangulaires, surmontées d'un grand bâtiment public, peut-être un temple.

Vue d'artiste du centre de Cahokia à son apogée (Peinture de L. K. Townsend/Cahokia Mounds State Historic Site)


Des investigations sur la façon dont le tumulus a été construit avaient été faites dans les années 60, lorsque des chercheurs forèrent neuf carottes et, se basant sur les couches observées, supposèrent qu'il fut construit en 14 étapes sur une période de 250 ans. Cela semblait plausible à l'époque, vu que le monticule avait été bâti entièrement à la main. On pensait que les ouvriers avaient chargé des paniers de terre, provenant de bancs d'emprunt, pour former une pyramide à sommet plat, haute de 30 mètres; tout cela sans roues, ni outils en métaux, ni bêtes de somme.


Mais, lorsque les pentes du Tumulus des Moines ont commencé à s'effondrer en 2005, Schilling et le Dr Neal Lopinot du Missouri State University, qui ont mené la nouvelle étude, ont profité des réparations à effectuer pour collecter 22 échantillons d'une face exposée de l'intérieur du monticule.

Leur objectif était d'étudier les sédiments utilisés pour construire l'ouvrage provenant de la plaine inondable environnante. Ces échantillons étaient remplis de minuscules plantes qui pouvaient révéler d'où provenait la boue, et combien de temps s'était écoulé avant qu'elle ne soit emmenée pour la construction.

"Nous avons décidé de chercher du matériel végétal, car des informations peuvent être obtenues à partir des sédiments, en particulier sur l'environnement" explique Schilling, "nous espérions comprendre la source des sédiments du tumulus".

A l'aide de microscopes électroniques et optiques, Lopinot a étudié les échantillons et découvert des restes de végétaux suggérant que la terre du Tumulus des Moines n'était pas restée non perturbée pendant très longtemps. Ainsi, à l'exception des plantes utilisées comme nourriture, toutes les graines découvertes étaient des plantes annuelles (des plantes qui ne vivent qu'un an), y compris les espèces des zones humides comme l'isoète et l'éléocharide.

L'absence de plantes vivaces, qui vivent deux ans ou plus, suggère que les bancs d'emprunt utilisés pour la construction étaient fréquemment perturbés. "S'il y avait eu un laps de temps considérable entre les différentes utilisations des bancs d'emprunt, nous aurions un profil environnemental différent, avec plus de plantes vivaces plutôt que des plantes annuelles" rapporte Schilling, "en conséquence, nous pensons que l'activité dans les bancs d'emprunt ne s'est jamais arrêtée suffisamment longtemps pour que les plantes vivaces puissent s'y établir. La construction a été relativement continue sans de longues interruptions"

Ces informations supportent l'hypothèse selon laquelle le Tumulus des Moines a été construit sur une période de temps relativement courte, c'est-à-dire quelques dizaines d'années, et non par intermittence sur 250 ans comme on le pensait auparavant.

En outre, les graines qui ont été trouvées étaient toutes non carbonisées, ou non brûlées; cela aussi pourrait suggérer que la terre enlevée a été rapidement mise en place. Dans les endroits où la terre n'est pas perturbée, les archéologues trouvent souvent des végétaux brûlés, signe d'activité humaine (comme les foyers ou la nourriture cuite). "Les archéobotanistes cherchent les restes de végétaux carbonisés sur les sites archéologiques, car il y a un grand degré de certitude que ces restes soient associés à des activités humaines" ajoute Schilling.

Travaux de réparation menés sur une face inclinée du tumulus en 2007. (Courtesy Washington University)

En plus de ces découvertes, les chercheurs ont trouvé un autre aspect frappant sur la construction du Tumulus des Moines: des parties semblent avoir été construites avec des blocs entiers de tourbe, plutôt que des paniers de terre: "Ils ont découpé des blocs de tourbe qu'ils ont renversé et empilé comme des briques" rapporte Lopinot.

Tous ces éléments pris ensemble suggèrent que le Tumulus des Moines a été construit rapidement et avec efficacité. Plutôt que de prendre deux siècles ou plus, la plus grande construction en terre du continent a été bâtie en un dixième de ce temps. Tout en mettant en garde que leur recherche ne fournit pas l' "âge absolu" de la construction du monticule, Schilling note que "les données ne contredisent pas une chronologie très courte. A mon avis, 20 ans est bon chiffre".

Les indices microscopiques révélés par leur recherche pourraient ainsi mener à une nouvelle compréhension de l'un des monuments préhistoriques les plus impressionnants d'Amérique.

Alors que la construction du Tumulus des Moines a dû être bien plus rapide que ce que l'on croyait, cela reste un effort herculéen qui éclipse les réparations d'urgence high-tech dont les scientifiques ont été témoins en 2005. "Bien que nous ayons fait la meilleure réparation possible, cela semble tenir encore aujourd'hui, les mississippiens ont pu réparer le tumulus et le faire tenir pendant 1000 ans".

Relecture par Marion Juglin

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3.23.2016

Danemark: un crucifix vieux de 1100 ans pourrait changer l'histoire

Un archéologue amateur, sur l'isle de Fionie au Danemark, a fait une découverte surprenante: un collier avec une figurine ressemblant à Jésus sur la croix.

Mais après avoir posté une photo de sa découverte sur Facebook, Dennis Fabricius Holm a vite compris que l'objet pouvait avoir une signification bien plus importante qu'il ne le pensait à première vue. "Lorsque j'ai retourné la terre et vue la croix, j'étais incapable de penser à autre chose" rapporte-t-il.

Photo: Østfyns Museer
Malene Refshauge Beck, archéologue des musées de l'est de Fionie (Østfyns Museer) pense aussi que ce collier est susceptible d'être une découverte mémorable: "C'est une trouvaille sensationnelle qui date de la première moitié du 10ème siècle de l'ère commune" ajoute-t-elle, "il y a une figurine presque identique, trouvée en Suède, qui avait été datée de cette période".

La découverte d'un artéfact chrétien de cette période au Danemark est particulièrement remarquable car il est antérieur à la Grosse Pierre de Jelling, une énorme pierre gravée de runes en l'an 965. Cette pierre est considérée comme étant la plus ancienne représentation danoise de Jésus sur la croix.

La Grosse Pierre de Jelling. Photo: Wikipédia

"Cette figurine pourrait pousser à reconsidérer la date où les danois sont devenus chrétiens" explique Beck, "la personne qui l'a portée avait sans aucun doute adhéré à la foi chrétienne".

Bien que des pièces de cette période en forme de croix ainsi que des fragments d'un bijou qui semble montrer Jésus ont été découverts par le passé, cette nouvelle trouvaille et la mieux préservée et la plus claire, d'après Beck.

La figurine va être examinée de plus prés au musée et sera exposée au Ladby Viking Museum.


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3.17.2016

De l'ADN ancien étudié pour éclaircir le mystère du Machu Picchu

Perché sur la crête d'une montagne des Andes péruviennes à plus de 2400m de haut, le Machu Picchu est une merveille visuelle et un chef-d'œuvre technique. "C'est à couper le souffle" rapporte Brenda Bradley, professeur agrégé en anthropologie à Georges Washington University.

Machu Picchu se situe dans les Andes au Pérou. Il a été construit au 15ème siècle et abandonné plus tard. (Photo credit: Sophie Muir)

Les incas ont bâti ce site du 15ème siècle sans mortier, assemblant les blocs de pierre si étroitement que l'on ne peut faire insérer une feuille de papier entre eux.

La conception du site comprend des terrasses de culture pour augmenter l'espace de plantation et protéger des inondations.

Mais, en dépit du fait que c'est l'un des plus importants sites archéologiques au monde, les origines de Machu Picchu demeurent un mystère.

Les incas n'ont laissé aucune données sur la raison pour laquelle ils ont bâti le site où sur la façon dont ils l'ont utilisé avant de l'abandonner au début du 16ème siècle.

"Il y a un vieux débat concernant la fonction du Machu Picchu, car le site est unique et très inhabituel pour un site inca" rapporte le Dr Bradley, "c'est trop grand pour être une implantation locale. Et c'est trop petit et pas la bonne structure pour être un centre administratif de l'Empire Inca".

Aussi, le Dr Bradley et une équipe de recherche vont analyser pour la première fois les génomes de restes squelettiques de plus de 170 individus enterrés sur le site. Parmi les autres membres de l'équipe, il y a Lars Fehren-Schmitz de l'Université de Californie à Santa Cruz, Richard Burger et Lucy Salazar de l'Université de Yale.

En séquençant l'ancien ADN des squelettes, les chercheurs espèrent mieux comprendre le rôle fonctionnel de Machu Picchu et ses résidents, ainsi que les modèles de la diversité, de la migration et de la diaspora du travail dans l'Empire Inca (le plus grand dans l'Amérique précolombienne).

L'explorateur de Yale, Hiram Bingham, avait lancé une étude sur "la cité perdue des incas" au cours de l'été 1911. Son travail comprenait les fouilles du Machu Picchu et la collecte d'ossements humains et autres objets, comme les céramiques et les bijoux, pour les ramener aux Etats-Unis.

Les artéfacts sont restés au Musée Peabody de Yale jusqu'en 2012, lorsque, après des années de négociation, les ossements et reliques furent rendues au Pérou.

Le Centre International Pérou-Université de Yale pour l'Etude de Machu Picchu et de la Culture Inca abrite dorénavant ces ossements et reliques. Le musée, à Cusco, est à environ 70km de Machu Picchu et expose plus de 360 objets provenant des fouilles originales du Dr Bingham.

Avant de retourner les squelettes dans leur pays d'origine, le Dr Bradley et ses collègues se sont hâtés de recueillir les échantillons d'ADN des anciens ossements. Ensuite, les chercheurs utiliseront des méthodes de pointe pour séquencer l'ADN nucléaire, mitochondrial et le chromosome Y dans les échantillons.

Le Dr Fehren-Schmitz mènera les analyse préliminaires, et le Dr Bradley tentera de reproduire les résultats dans son laboratoire. "Avec de l'ancien ADN humain, il faut toujours faire attention à la contamination" ajoute Bradley, "si l'on reproduit l'expérience dans un laboratoire différent avec des chercheurs différents, et que l'on trouve le même résultat," alors c'est parfait.

Les chercheurs compareront alors les résultats de l'analyse génétique avec d'anciennes données de Machu Picchu afin d'apporter une meilleure compréhension du site.

L'hypothèse qui prévaut parmi les chercheurs est que le Machu Picchu était une sorte de "retraite royale", où ce serait rendu l'empereur inca Pachacuti et où il aurait tenu des réunions diplomatiques.

L'archéologue indique que les gens qui résidaient sur le site étaient des artisans spécialisés provenant de différentes régions de l'empire. "Ce devait être des gens très qualifiés venant de loin pour jouer des rôles spécifiques. C'est ce que nous estimons" ajoute le Dr Bradley, "nous allons pouvoir maintenant regarder l'ADN pour voir si cela est vrai".

"Les analyses génétiques permettront de tester cette hypothèse en montrant les relations entre ces gens, s'ils étaient de la même lignée ancestrale et s'ils venaient des mêmes lieux" rapporte le Dr Fehren-Schmitz qui a analysé les génomes de nombreuses populations différentes en Amérique du Sud.

Ces informations permettront aussi d'aider à placer le site de Machu Picchu dans le contexte plus large de l'Empire Inca. "Je suis intéressé par les processus locaux et sur la façon dont augmente la diversité génétique avec la complexité et le changement social" ajoute-t-il, "l'une des choses qui rend Machu Picchu si intéressant est l'idée que les gens qui y sont enterrés ne reflètent pas la population locale".

Pour les chercheurs, la richesse des données génomiques qu'ils prévoient de collecter devrait aussi apporter une vision intéressante sur la façon dont le colonialisme a affecté les gens vivant dans les Andes. En effet, les squelettes de Machu Picchu représentent une population d'avant la conquête espagnole qu'ils pourront comparer aux gênes d'ADN post-coloniaux. "Le colonialisme a introduit la maladie et a probablement anéanti beaucoup de diversité génétique" dit le Dr Bradley, "c'est là une opportunité de pouvoir observer la diversité génétique avant que cela ne soit arrivé".


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3.15.2016

Le millet serait le chaînon manquant de la transition entre les chasseurs-cueilleurs et les fermiers


Une nouvelle étude a montré qu'une céréale, connue de nos jours comme graine pour oiseaux, a été transportée à travers l'Eurasie par les anciens bergers et éleveurs. Ils ont ainsi jeté les bases, en combinaison avec les nouvelles cultures rencontrées, de l'agriculture diversifiée et de l'apparition des sociétés sédentaires.

La domestication des petites graines de céréales du millet dans le nord de la Chine il y a environ 10000 ans a créé la culture parfaite pour combler le fossé entre les cueilleurs-chasseurs nomades et les sociétés agricoles organisées dans l'Eurasie néolithique.

Cela pourrait aussi apporter des solutions à la sécurité alimentaire moderne, d'après cette nouvelle recherche.

Chercheurs sur le site néolithique de Mogou, ouest de la Chine, où les céréales de l'est et de l'ouest se sont rencontrées. Courtesy Martin Jones

Cette céréale oubliée aujourd'hui à l'ouest, si ce n'est pour donner aux oiseaux, était idéale pour les anciens bergers et éleveurs qui l'ont transportée à travers l'Eurasie, et mélangée avec d'autres céréales comme le blé et l'orge.

Selon les archéologues, cela a donné naissance aux cultures diversifiées, ouvrant la voie à l'apparition des sociétés urbaines complexes.

Une équipe des Etats-Unis, d'Angleterre et de Chine a suivi la propagation du grain domestiqué depuis le nord de la Chine et la Mongolie Intérieure vers l'Europe à travers le "couloir vallonné" le long des contreforts d'Eurasie.

Le millet privilégie les terrains en pente, ne demande pas beaucoup d'eau et a une courte saison de croissance: il peut être récolté seulement 45 jours après avoir été semé, là où il faut compter 100 jours pour le riz. Cela a permis une forme de culture très mobile.

 Les tribus nomades ont pu combiner la culture du millet avec la chasse et la cueillette alors qu'ils voyageaient à travers le continent entre 2500 et 1600 avant JC.
Le millet a pu être mélangé avec d'autres céréales de ces populations émergentes afin de créer des cultures diversifiées, ce qui a rallongé les saisons de croissance et apporté à nos ancêtres la sécurité alimentaire.

 Agriculteur de millet à Chifeng en Mongolie Intérieure. Martin Jones

Le besoin de mélanger différentes céréales dans différentes lieux, et les ressources en eau nécessaires, dépendaient de contrats sociaux élaborés et de l'apparition de sociétés sédentaires, de communautés stratifiées et probablement de sociétés "urbaines" complexes.

Les chercheurs estiment que l'on doit apprendre de ces anciens fermiers lorsque l'on se penche sur l'alimentation des populations de nos jours, et le millet pourrait avoir un rôle à jouer dans la protection contre les mauvaises récoltes et famines modernes. "Le millet aujourd'hui est en déclin et attire peu l'attention des scientifiques, mais c'était l'une des céréales les plus expansives en termes géographiques. Nous avons pu suivre le millet loin dans l'histoire, depuis ses origines en Chine jusqu'à son expansion à travers l'Europe et l'Inde" dit le professeur Martin Jones du University of Cambridge's Department of Archaeology and Anthropology, "ces découvertes ont transformé notre compréhension de l'agriculture et des sociétés anciennes.  Il avait été supposé que l'agriculture antique s'était concentrée dans les vallées des rivières où l'accès en eau est abondant. Cependant, les restes de millet montrent que les premières cultures se sont plutôt concentrées sur les contreforts, traçant cette première voie vers l'ouest pour ces graines "exotiques" de l'est."

Les chercheurs ont réalisé des datations au radiocarbone et des analyses des isotopes sur des grains de millet carbonisés provenant de sites archéologiques à travers la Chine et la Mongolie Intérieure, ainsi que des analyses génétiques de variétés de millet moderne, pour révéler le processus de domestication qui a eu lieu pendant des milliers d'années dans le nord de la Chine et produit l'ancêtre de tout le millet blanc moderne (j'ai traduit "broomcorn millet" par "millet blanc" mais je n'en suis pas certain) dans le monde.

  Harriet Hunt faisant pousser du millet en branche dans les serres à Colworth Science Park. Courtesy Martin Jones

"Nous voyons que le millet du nord de la Chine se situait dans l'un des plus anciens centre de domestication de céréale, se produisant sur la même échelle de temps que la domestication du riz dans le sud de la Chine et du blé et de l'orge dans l'est de la Chine" explique Jones. "La domestication est extrêmement importante dans le développement de l'agriculture antique; les hommes ont sélectionné des plantes avec des grains qui ne tombent pas naturellement et qui peuvent être récoltés; ainsi sur plusieurs milliers d'années cela a créé des plantes dépendantes des fermiers pour leur reproduction" ajoute-t-il, "cela veut dire aussi que la constitution génétique de ces cultures a changé en réponse aux changements dans leur environnement; dans le cas du millet, nous pouvons voir que certains gènes ont été "éteints" lorsqu'ils furent emmené par les fermiers loin de leur lieu d'origine."

Alors que le réseau de fermiers, bergers et éleveurs s'intensifiait le long du couloir eurasien, ils ont partagé les céréales et les techniques de culture avec d'autres fermiers, et c'est là, explique Jones, qu'a émergé l'idée de cultures diversifiées. "Les premiers fermiers pionniers voulaient cultiver en amont afin d'avoir plus de contrôle sur leur ressources en eau et être moins dépendants des variations climatiques saisonnières ou des potentiels voisins en amont." ajoute-t-il. "Mais lorsque les céréales "exotiques" sont apparues en plus de celles de la région, alors on a commencé à avoir différentes céréales poussant dans différentes zones et à différentes périodes de l'année. C'est un énorme avantage en termes de consolidation des communautés contre de possibles mauvaises récoltes, et cela a permis d'étendre la saison de croissance pour produire pus de nourriture voire des surplus."

Cependant, cela a aussi introduit un besoin plus pressant de coopération, et les débuts des sociétés stratifiées. Avec des gens faisant pousser des céréales en amont et d'autres cultivant en aval, on a besoin d'un système de gestion de l'eau, et cela n'est pas possible, tout autant que la rotation saisonnière des céréales, sans un contrat social élaboré.

Vers la fin du second et premier millénaire avant JC, de grandes implantations humaines, soutenues par l'agriculture diversifiée, ont commencé à se développer. Les plus anciens exemples de texte, comme les tablettes d'argile sumériennes de Mésopotamie, et les os d'oracle de Chine, font allusion à l'agriculture diversifiée et aux rotations saisonnières.

  Martin Jones avec du millet dans le nord de la Chine. Courtesy Martin Jones

 Mais la signification du millet n'est pas une simple transformation de notre compréhension de notre passé préhistorique.
Jones estime que le millet, ainsi que d'autres céréales à petites graines, pourraient avoir un rôle à jouer pour assurer la sécurité alimentaire dans le futur. "L'objectif lorsque l'on se penche sur la sécurité alimentaire aujourd'hui sont les cultures à haut rendement comme le riz, le maïs et le blé qui fournissent 50% de la chaine alimentaire humaine. Cependant, ce ne sont que 3 types de céréales sur plus de 50 existantes, dont la majorité sont des céréales à petites graines ou "millets". Il pourrait être temps de se demander si les millets peuvent avoir un rôle à jouer comme réponse diversifiée à l'échec des cultures et à la famine" estime Jones, "nous avons besoin d'en savoir plus sur le millet et sur la façon dont il peut faire partie de la solution concernant la sécurité alimentaire globale; nous avons encore beaucoup à apprendre de nos prédécesseurs du néolithique".


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3.11.2016

Un ensemble exceptionnel d'armes en bronze mis au jour dans le Sultanat d'Oman

Suite à de fouilles menées par la mission archéologique française en Oman central, des vestiges ont été découverts à même le sol, dans un bâtiment appartenant à un complexe semble-t-il cultuel.
 Modèle 3D du bâtiment principal de Mudhmar Est (la salle où les armes ont été retrouvées se situe à gauche au milieu du bâtiment). © Raphaël Hautefort / Mission archéologique française en Oman central.

Il y avait en particulier deux carquois complets et des armes métalliques, dont cinq arcs. Ce sont des objets pour la plupart non fonctionnels et inédits en Arabie.

La poursuite des recherches archéologiques, débutées en 2011 dans cette zone, permettra de mieux connaître le système politique, les pratiques sociales et les rituels existant en Arabie à cette époque.

Dirigées par Guillaume Gernez du laboratoire Archéologies et sciences de l'Antiquité (UMR 7041), ces fouilles ont également impliqué le laboratoire Archéorient (UMR 5133).

La région d'Adam se situe à la frontière des oasis et des espaces désertiques d'Oman. Elle était totalement inexplorée du point de vue archéologique avant que la mission archéologique française en Oman central, dirigée depuis 2011 par Guillaume Gernez, n'y effectue ses premières prospections en 2007.

 Mudhmar Est – Arcs, flèches, poignards et haches dispersés sur un sol
© Guillaume Gernez / Mission archéologique française en Oman central.

Découvert en 2009, le site dénommé Mudhmar Est est constitué de deux bâtiments principaux et de quelques aménagements annexes. Il est localisé au pied du Jabal Mudhmar, à proximité de l'une des plus grandes vallées omanaises et au carrefour stratégique de plusieurs routes commerciales.

Long de 15 mètres, le plus grand des deux bâtiments, qui repose sur le flanc du Jabal Mudhmar, est constitué de blocs en grès taillés et de briques faites de terre. C'est au sein de cet édifice, dans une petite salle apparemment dépourvue de porte, que l'équipe vient de mettre au jour cet ensemble exceptionnel d'armes en bronze.

Datés de l'âge du fer II (900-600 av. J.-C.), ces objets semblent être tombés des meubles ou des étagères qui les supportaient. Selon une autre hypothèse, ils étaient accrochés aux murs de la pièce.

Au sein de cet ensemble, deux groupes particulièrement remarquables se distinguent.

Le premier est formé de deux petits carquois intégralement en bronze, y compris les six flèches contenues à l'intérieur de chacun d'eux. D'après leurs dimensions (35 cm), il s'agit de modèles réduits imitant des originaux en matériau périssable (cuir), qui ne sont habituellement pas retrouvés lors de fouilles archéologiques. Le fait qu'ils soient ici en métal sous-entend qu’ils n'étaient pas fonctionnels. De tels carquois n'ont jamais été retrouvés en Arabie et sont rarissimes ailleurs.

 Mudhmar Est – Deux carquois en cuivre/bronze, en cours de fouille
© Guillaume Gernez / Mission archéologique française en Oman central.

Le deuxième groupe comprend des armes métalliques, pour la plupart non utilitaires (d'après leurs dimensions légèrement réduites, la matière qui les compose, et/ou leur absence de finition). Il s'agit de cinq haches de combat, de cinq poignards à pommeau en forme de croissant caractéristiques de l'âge du fer II, d'une cinquantaine de pointes de flèches et de cinq arcs complets.
Ces derniers sont formés d'une branche courbée plate, infléchie au niveau des deux extrémités, entre lesquelles est tendue une corde en bronze. La dimension de ces arcs (70 cm en moyenne) et surtout la matière utilisée indiquent qu'il s'agit d'imitations d'arcs en matériaux périssables (bois, tendons).

 Mudhmar Est – Hache non finie en cuivre/bronze
© Guillaume Gernez / Mission archéologique française en Oman central.

De tels objets sont totalement inédits : aucun arc en métal n'était connu en Arabie ou au Moyen-Orient jusqu'à présent. Cette découverte exceptionnelle apporte de nouvelles informations sur l'armement pendant l'âge du Fer en Arabie orientale et sur les pratiques sociales à l'époque.

Le caractère non utilitaire de la plupart des armes pourrait indiquer qu'elles ont été conçues pour être offertes à une divinité guerrière, et/ou comme élément-clé de pratiques sociales que les archéologues ignorent encore. La première hypothèse est confortée par la présence, dans le deuxième bâtiment du site, de quelques fragments d'encensoirs en céramique et de petits serpents en bronze, autant d'éléments souvent associés à des pratiques rituelles à cette période. Les fouilles à venir devraient permettre de mieux cerner la fonction du complexe, qui intrigue les archéologues.

 Mudhmar Est – Arc non utilitaire, intégralement en cuivre/bronze
© Guillaume Gernez / Mission archéologique française en Oman central.

Cet ensemble d'armes a été constitué au cours d'une période d'intensification de la production métallurgique observée en Arabie orientale à l'âge du Fer. Cette évolution économique et technique s'est accompagnée d'une complexification sociale attestée par la multiplication des sites fortifiés et de l'architecture monumentale.

Cependant, au sein de cette société sans écriture, connaître le système politique et la structure sociale demeure une tâche ardue. La poursuite de l'exploration archéologique de ce site et de son environnement immédiat, ainsi que de la région centrale d'Oman s'avère ainsi essentielle pour reconstruire l'aube de l'Histoire en Arabie.

Ces travaux ont été effectués avec le soutien notamment du ministère français des Affaires étrangères et du ministère omanais du Patrimoine et de la Culture, du CNRS, de l'ambassade de France en Oman, du Centre français d'archéologie et de sciences sociales au Koweït, de l'Institut des déserts et des steppes à Paris et de la société d'imagerie DIAG à Dubaï.

Source:

3.09.2016

Polémique: qui a transporté les pierres bleues de Stonehenge ? L'homme où les glaciers ?

Voici une énigme archéologique qu'une équipe d'experts estime avoir résolu: si et comment les "pierres bleues" de Stonehenge ont été excavées et transportées du Pembrokeshire par les ancêtres préhistoriques.

L'équipe d'archéologues et de géologues, ont dirigé des universitaires du University College, London, et confirmé avec certitude deux sites dans les collines de Preseli, Carn Goedog et Craig Rhos-y-felin, d'où ont été extraits deux types de pierre.

Fouilles sur le site de de Carn Goedog. Photo: Wales Online

Il avait été suggéré que les pierres avaient d'abord été utilisées dans un monument local, quelque part près des carrières, avant d'être démantelées et traînées vers le Wiltshire.

Mais les affirmations sur la façon dont les pierres ont été enlevées et transportées, avec apparemment des soi-disant traces d'ingénierie, ont été qualifiées de "toutes fausses" par une autre équipe de géo-scientifiques, dans un rapport conflictuel.

Dans un document examiné par des pairs et publié dans le journal Archaeology in Wales, le Dr Brian John, le Dr Dyfed Elis-Gruffyd et John Downes, estiment qu'il "n'y a pas de traces d'intervention humaine dans aucune des caractéristiques qui rendent les archéologues aussi excités."

Le groupe n'accepte pas l'idée d'une carrière néolithique dans les collines de Preseli et disent que les signes supposés "d'exploitation" par les hommes à Craig Rhos-y-Felin sont en fait entièrement naturels.

Ils pensent aussi que les archéologues qui ont fait le rapport ont pu par inadvertance avoir créé certaines de ces fonctionnalités au cours des cinq années "d'enlèvement très sélectifs des sédiments".

"Ce site a été décrit par l'archéologue en chef, le Professeur Mike Parker Pearson, comme "la Pompéi des carrières de pierre de la préhistoire" et a engendré un grand enthousiasme dans les cercles archéologiques" explique le rapport, "la sélection de cette paroi rocheuse près du village de Brynberian pour des fouilles entre 2011 et 2015 a été déclenchée par la découverte des géologues Ricgard Bevis et Rob Ixer, car certains fragments de pierre dans le sol de Stonehenge correspondaient exactement à un type inhabituel de rhyolite feuilletée présente dans la paroi rocheuse. Cela a conduit les archéologues à conclure qu'il devait s'agir d'une carrière néolithique utilisée dans le but spécifique de découper des monolithes correspondant aux pierres bleues de Stonehenge."

Mais le Dr John est de plus en plus convaincu que les débris de rhyolite de Stonehenge proviennent de blocs erratiques provenant de la paroi rocheuse Rhosyfelin. Cela serait arrivé il y a près d'un demi-million d'années avec l'énorme glacier de la mer d'Irlande qui les a transporté vers la plaine de Salisbury.

Fouilles sur le site de Craig Rhos-y-felin. Photo: UCL - University College London

 Dans son article écrit avec le Dr Dyfed Elis-Gruffyd et John Downes, il dit qu': "il est suggéré, sur la base d'examens minutieux du site, que certaines des "caractéristiques faites par l'homme" ont été créées en fait par les archéologues eux-mêmes à travers un processus d'enlèvement sélectif des sédiments et des clastes (fragments de cristaux, fossiles ou roches). Une attente ou une conviction que des "traces d’ingénierie" allaient être trouvées a peut-être conduit au façonnage inconscient d'artifices archéologiques.
Bien qu'il semble n'y avoir aucune preuve dans la forme du relief, la mécanique des roches ou les sédiments que c'était une carrière néolithique dévouée à l'extraction des pierres bleues orthostates destinées à Stonehenge, ou tout autre but, nous acceptons la possibilité qu'il y a pu avoir ici des campements temporaires au mésolithique, néolithique ou plus tard sur une très longue période de temps, comme dans beaucoup d'autres lieux boisés et abrités dans le nord du Pembrokeshire."

Le Dr Brian John, a ajouté que:"Le nouveau travail géologique à Rhosyfelin et Stonehenge est une recherche intéressante sur la provenance d'une roche, mais cela ne nous dit rien du tout sur la façon dont les monolithes ou les fragments de roches sont arrivés à Stonehenge depuis l'ouest du Pays de Galle. Nous sommes sûrs que les archéologues se sont convaincus que le transport glaciaire des erratiques était impossible. Nous ne savons pas d'où ils tiennent cette idée. Au contraire, il existe des preuves substantielles en faveur du transport glaciaire et aucune supportant la théorie du transport par l'homme. Nous acceptons qu'il y ait pu avoir un campement à Rhosyfelin, utilisé de façon intermittente par les chasseurs sur plusieurs millénaires. Mais il n'y a pas de carrière. Nous pensons que les archéologues avaient tellement envie de raconter une belle histoire ici qu'ils ont ignoré ou mal interprété les éléments de preuve devant eux. Cela est très négligent. Ils doivent maintenant procéder à une réévaluation complète du matériel qu'ils ont recueilli."

De nouvelles fouilles sont prévues cette année.

Relecture par Marion Juglin

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