3.30.2023

L'histoire du cheval des plaines américaines revisitée à travers une recherche interdisciplinaire et interculturelle

Une équipe internationale réunissant 87 scientifiques de 66 institutions à travers le monde et dirigée par des scientifiques du Centre d'anthropobiologie et de génomique de Toulouse (CNRS/Université Toulouse III – Paul Sabatier) commence à affiner l'histoire du cheval américain. 

Ce travail, qui intègre une recherche interdisciplinaire et interculturelle entre la science occidentale et la science indigène traditionnelle, est publié ce 30 mars 2023 dans la revue Science

"Les chevaux font partie de nous depuis bien avant que d'autres cultures ne viennent sur nos terres, et nous faisons partie d'eux", estime le chef Joe American Horse, chef de l'Oglala Lakota Oyate, gardien des savoirs traditionnels, et coauteur de l'étude. 

L'histoire du cheval des plaines américaines à travers une recherche interdisciplinaire et interculturelle 
Ludovic Orlando et Yvette Running Horse discutent de l’image de la fracture ressoudée du cheval de Blacks Fork. Photo: © Northern Vision Productions
 

En 2018, sur les conseils de ses aînés gardiens du savoir et chefs traditionnels, Yvette Running Horse Collin a pris contact avec Ludovic Orlando, scientifique du CNRS. Elle venait de terminer son doctorat, qui portait sur la déconstruction de l'histoire des chevaux dans les Amériques. Jusqu'alors, le domaine était dominé par des universitaires occidentaux et les voix des peuples indigènes avaient été largement ignorées. Son but était de développer un programme de recherche dans lequel les sciences indigènes traditionnelles pourraient être mises en avant et seraient considérées sur un pied d'égalité avec la science occidentale. 

Pour les Lakota, l'étude scientifique de l'histoire du cheval dans les Amériques fournissait le point de départ idéal, car elle mettrait en évidence les points d’accord et de désaccord entre approches occidentales et indigènes. 

Les anciens étaient clairs : travailler sur le cheval permettrait d'apprendre à combiner la puissance de tous les systèmes scientifiques, traditionnels et occidentaux. Dans l’espoir de trouver à terme, de nouvelles solutions aux nombreux défis qui affectent les populations, les communautés et la biodiversité dans le monde entier. 

Pour l’heure, comme ses ancêtres avant elle, Yvette Running Horse Collin allait donc suivre la voie tracée par la nation des chevaux. Une partie du programme consistait à tester un récit qui figure dans presque tous les manuels sur l'histoire des Amériques : il s'agissait de déterminer si les documents historiques européens rendaient fidèlement compte de l'histoire des peuples indigènes et des chevaux dans les Grandes Plaines et les Rocheuses. Ce récit reflète les chroniques les plus connues établis par les Européens lors de leurs premiers contacts avec les groupes indigènes. Elles prétendent que les chevaux ont été adoptés récemment, à la suite de la révolte des Pueblos de 1680. 

La science archéologique est un outil puissant pour comprendre le passé qui, si elle est pratiquée en collaboration, offre un cadre technique robuste pour contrer les préjugés intégrés dans les récits historiques. 

Au cours de la dernière décennie, Ludovic Orlando et son équipe de généticiens ont extrait les molécules d'ADN ancien encore préservées dans les vestiges archéologiques afin de réécrire l'histoire du cheval domestique. Ils ont séquencé les génomes de plusieurs centaines de chevaux ayant vécu sur la planète il y a des milliers d'années, et même jusqu’à 700 000 ans. Ils pouvaient donc raisonnablement s'attendre à ce que cette technologie révèle le patrimoine génétique des chevaux qui vivaient dans les Grandes Plaines et les Rocheuses après le contact avec les Européens. 

Pour répondre à cette question, William Taylor, professeur adjoint à l'université du Colorado, et une vaste équipe de partenaires comprenant des archéologues de l'université du Nouveau-Mexique et de l'université de l'Oklahoma, ont entrepris, avec leurs collaborateurs Lakota, Comanche, Pawnee et Pueblo, de retrouver des ossements archéologiques de chevaux dans tout l'Ouest américain. 

En combinant des méthodologies éprouvées et innovantes dans le domaine des sciences archéologiques, l'équipe a identifié les vestiges de chevaux qui étaient élevés, nourris, soignés et montés par les peuples indigènes. 

La datation précoce obtenue pour un spécimen de cheval provenant de Paa'ko Pueblo, au Nouveau-Mexique, prouve que les indigènes contrôlaient les chevaux au début du XVIIe siècle, et peut-être même avant. 

La datation directe au carbone 14 de découvertes allant du sud de l'Idaho au sud-ouest du Wyoming et au nord du Kansas a aussi fourni la preuve que les chevaux étaient présents dans une grande partie des Grandes Plaines et des Rocheuses dès le début du XVIIe siècle, et sans aucun doute, avant la révolte des Pueblos de 1680. 

 

Le récit le plus courant sur l'origine du cheval américain doit donc désormais être corrigé. 

Les données génomiques ont démontré que les chevaux historiques les plus vieux analysés dans cette étude étaient principalement d’ascendance ibérique, mais n’étaient pas directement reliés aux chevaux qui ont habité les Amériques au pléistocène supérieur il y a plus de 12 000 ans. Ils n'étaient pas non plus les descendants des chevaux vikings, bien que ces derniers aient établi des colonies sur le continent américain en 1021. 

Les données archéologiques montrent que ces chevaux domestiques n'étaient plus sous le contrôle exclusif des Espagnols au moins au début des années 1600 mais qu'ils étaient déjà bel et bien intégrés dans les modes de vie indigènes. Ceci valide de nombreux récits traditionnels, relatant l'origine du cheval, comme ceux des Comanches et des Pawnees, tous deux parties prenantes de l’étude. 

Ainsi, Jimmy Arterberry, historien comanche et coauteur de l'étude, rapporte que: "Ces découvertes confirment la tradition orale comanche. Les traces archéologiques décrites sont des témoins inestimables qui revisitent la chronologie de l'histoire de l'Amérique du Nord, et sont tout autant importantes pour la survie des cultures indigènes. Elles constituent un patrimoine qui mérite d'être honoré et protégé. Ce patrimoine est sacré pour les Comanches."

D'autres travaux impliquant de nouvelles fouilles archéologiques sur des sites datant du XVIe siècle ou même antérieurs, ainsi qu'un séquençage supplémentaire, permettront à l’avenir d'éclairer d'autres chapitres de l'histoire de l'homme et du cheval dans les Amériques. 

Carlton Shield Chief Gover, archéologue Pawnee et coauteur de l'étude, estime que : "La science archéologique présentée dans notre recherche illustre tous les bienfaits qu’il y a à développer des partenariats de collaboration sincères et équitables avec les communautés indigènes."

Les analyses du génome n’ont pas seulement porté sur le développement de la relation homme-cheval au sein des Premières nations au cours des premières étapes de la colonisation américaine. Elles ont démontré que l’ascendance Ibérique, jadis dominante, s'est diluée au fil du temps pour s'enrichir d’une ascendance britannique. 

 

C’est toute l'évolution du paysage de l'Amérique coloniale qui a été enregistrée dans le génome du cheval 

D'abord principalement à partir de sources espagnoles, puis principalement à partir de colons britanniques. 

À l'avenir, l’équipe constituée pour cette étude s'est engagée à poursuivre son travail sur l'histoire de la nation du cheval dans les Amériques en continuant de faire place aux méthodologies scientifiques inhérentes aux systèmes scientifiques indigènes, pour par exemple retracer l’histoire des migrations et les effets des changements climatiques anciens. 

L’étude parue ce jour a ouvert la porte à ce programme ambitieux puisqu’elle a engagé un dialogue et des échanges authentiques entre scientifiques du monde occidental et des nations indigènes. Les défis auxquels notre monde moderne est confronté sont immenses. En ces temps de crise de la biodiversité et de réchauffement climatique, l'avenir de la planète est menacé. Les peuples autochtones ont survécu au chaos et à la destruction engendrés par la colonisation, les politiques d'assimilation et le génocide, et sont porteurs de connaissances et d'approches scientifiques importantes axées sur la durabilité. Plus que jamais, il est temps de réparer l'histoire et de créer des conditions plus inclusives pour la co-conception de stratégies pour un avenir plus durable. Il est important de noter que cette étude a donné lieu à une collaboration entre des scientifiques occidentaux et de nombreuses nations autochtones des États-Unis, des Pueblo aux Pawnee, Wichita, Comanche et Lakota.

Nous espérons que de nombreuses autres nations nous rejoindront bientôt. "Les chevaux font partie de notre famille et nous ont toujours rassemblés. Ils continueront à le faire. Nos sociétés sont organisées et prêtes pour cela. Notre collaboration scientifique est vouée à se développer encore plus : nous invitons tous les peuples cavaliers à se joindre à nous. Nous les appelons à nous." (Antonia Loretta Afraid of Bear-Cook, gardienne du savoir traditionnel des Oglala Lakota, coauteure de l'étude). 

Ce travail a été soutenu par la National Science Foundation Collaborative Research Award, les actions Marie Sklodowska Curie (programmes HOPE et MethylRIDE), le CNRS et l'Université Toulouse III - Paul Sabatier (Programme international de recherche AnimalFarm), l'Investissement d'avenir France Génomique (ANR-10-INBS-09), et le Conseil européen de la recherche (PEGASUS). 

Tous les protocoles de transmission des connaissances sacrées et traditionnelles ont été respectés, et les activités et résultats de la recherche ont été approuvés par un comité d'examen interne composé de dix gardiens des connaissances Lakota, qui font désormais partie du conseil d'administration de Taku Škaŋ Škaŋ Wasakliyapi : Global Institute for Traditional Sciences (GIFTS).

Source:

  • CNRS: "L'histoire inofficielle du cheval des plaines américaines, un nouvel avenir pour le monde"

3.27.2023

Des archéologues découvrent un trésor de l'époque du roi Bolesław II en Pologne

Des archéologues ont mis au jour un trésor datant de l'époque du roi Bolesław II le Téméraire sur un site archéologique jusqu'alors inconnu dans le sud-est de la Pologne. Datant des XIe et XIIe siècles, les objets comprennent une mystérieuse amulette en plomb, un cheval en bronze, des armes, des ornements en alliages d'argent, de plomb et de cuivre, des objets d'usage courant tels que des couteaux et des pièces d'argent.

La découverte a été faite par des archéologues de l'association Szansa dans le village de Daromin, à environ 17 km au nord de la ville de Sandomierz.

Des archéologues découvrent un trésor de l'époque du roi Bolesław II en Pologne 
Datant des XIe et XIIe siècles, les objets comprennent cette mystérieuse amulette en plomb. Photo: Marian Florek/Domaine public


Commentant la découverte, le Dr Marek Florek de l'Université Marie Curie-Skłodowska de Lublin a déclaré que: "C'est un site archéologique extrêmement curieux et jusque-là inconnu qui représente une riche collection d'artéfacts du début du Moyen Âge".

Il a précisé que des objets comme les ornements en argent étaient susceptibles d'avoir été importés dans la région de Sandomierz depuis la Ruthénie au début du Moyen Âge ou la région de la Baltique et que des objets tels que la tête en plomb d'un sceptre ou d'une masse sont de nature élitiste et suggèrent que l'implantation de Daromin. avait un caractère exceptionnel.

Il a ajouté qu': "Au début de la période médiévale et aussi plus tard, les masses n'étaient pas seulement des armes, mais aussi, avant tout, des symboles de la puissance militaire. "

D'autre part, la petite représentation en bronze d'un cheval est presque certainement un élément ornemental d'éperons, du type dit de Lutomiersk (le nom vient de l'emplacement d'un cimetière du tournant du 10ème et 11ème siècle où de tels des éperons ont été trouvés pour la première fois). Les éperons étaient également portés par les élites chevaleresques du premier État de Piast.




 
Photos: Marian Florek


Un objet particulièrement unique mis en valeur par Florek est un pendentif en plomb, peut-être une amulette, avec la représentation d'une figure humaine d'un côté et d'une figure non précisée de l'autre: "Rien de semblable n'existe parmi les artéfacts anciens ou médiévaux trouvés sur le territoire polonais".

D'après Florek cette découverte "non seulement jette un nouvel éclairage sur les relations entre les habitants de la région de Sandomierz et diverses parties de l'Europe, mais nous oblige également à jeter un regard neuf sur les origines des forces chevaleresques dans la région de Sandomierz, y compris l'influence des visiteurs étrangers sur leur établissement."

Les objets sont actuellement étudiés par l'Office régional de protection du patrimoine de Kielce, après quoi ils seront transférés au musée du château de Sandomierz.

Source:

 

Derniers articles sur la Pologne:

 

3.16.2023

Découverte d'un ancien cercueil en plomb appartenant à une aristocrate romaine à Leeds en Angleterre

Des archéologues du nord de la Grande-Bretagne ont découvert les restes squelettiques d'une femme aristocratique de la fin de l'époque romaine à l'intérieur d'un cercueil en plomb, ainsi que les restes de plus de 60 hommes, femmes et enfants qui vivaient dans la région il y a plus de mille ans.

Depuis que les chercheurs ont découvert de manière inattendue des individus de la fin de l'époque romaine et du début de la période saxonne avec des pratiques funéraires distinctes, les historiens pensent maintenant que cette découverte pourrait faire la lumière sur l'une des périodes les plus importantes de l'histoire britannique.

Découverte D'un ancien cercueil en plomb appartenant à une aristocrate romaine à Leeds en Angleterre 
Le cercueil censé contenir les restes d'une femme aristocratique de la fin de l'époque romaine. Photo : Services conjoints du West Yorkshire/Conseil municipal de Leeds

Le cimetière a été découvert au printemps 2022 près de l'endroit où plusieurs bâtiments en pierre de la fin de l'époque romaine et des structures de style anglo-saxon avaient été découverts. 

Le superviseur sur place pour les fouilles, Kylie Buxton, a rapporté que "C'est le rêve de tout archéologue de travailler sur un site de ce genre "une fois dans une vie", et la supervision de ces fouilles est définitivement un sommet de carrière pour moi. Il y a toujours une chance de trouver des sépultures, mais avoir découvert un cimetière d'une telle importance, à un tel moment de transition, était tout à fait incroyable. Pour moi, ce fut un honneur particulier de fouiller l'enfouissement du cercueil en plomb, mais ce fut un grand effort d'équipe de la part de toutes les personnes impliquées."

Outre le cercueil romain, les coutumes funéraires découvertes dans le cimetière peuvent également indiquer les premières croyances chrétiennes et sépultures saxonnes qui étaient accompagnées d'objets individualisés comme des couteaux et de la poterie.

L'âge des restes squelettiques, qui s'étendrait de la fin de l'ère romaine en 400 après JC au début de l'ère anglo-saxonne, sera déterminé par analyse et datation au carbone. Les tests chimiques peuvent également révéler des détails sur l'ascendance et le régime alimentaire. 

"Cela a le potentiel d'être une découverte d'une importance considérable pour ce que nous comprenons du développement de l'ancienne Grande-Bretagne et du Yorkshire", a déclaré David Hunter, archéologue principal du West Yorkshire Joint Services, "La présence de deux communautés utilisant le même lieu de sépulture est très inhabituelle et le fait que leur utilisation de ce cimetière se chevauche ou non déterminera l'importance de la découverte.

Une fois l'analyse effectuée, des plans sont en place pour exposer le cercueil en plomb au Leeds City Museum dans une exposition sur les coutumes de la mort à travers le monde.

 

Source:

 

3.13.2023

Une épée géante "contre les démons" vieille de 1 600 ans découverte au Japon

Une épée de fer massive de deux mètres de long a été trouvée dans un tumulus funéraire aux côtés d'autres trésors archéologiques remontant à des centaines d'années.

L'énorme épée, connue sous le nom d'épée dakō, a été retrouvée dans la ville de Nara au Japon en novembre 2022. Elle avait une forme ondulée ressemblant à un serpent et on pense qu'elle était destinée à être utilisée pour protéger les morts des mauvais esprits.

Une épée géante "contre les démons" vieille de 1 600 ans découverte au Japon 
L'épée découvert dans le tumulus de Tomio Maruyama à Nara. Photo:Nara city board of education


L'épée a été enterrée avec un miroir en forme de bouclier de soixante centimètres de large, trente centimètres de haut et pesant 56 Kg, Considéré comme étant un miroir daryu, il était également utilisé pour éloigner les mauvais esprits. 

La combinaison de ces objets peut indiquer que l'individu qu'ils côtoyaient était une personnalité importante, d'après le professeur d'archéologie de l'Université de Nara, Naohiro Toyoshima. "[Ces épées] sont des objets prestigieux de la haute société", a précisé l'archéologue et expert en épées japonaises anciennes Stefan Maeder

 
Le miroir en forme de bouclier. Photo: Nara city board of education
 

Ces reliques ont été trouvées lors de fouilles dans le tumulus funéraire de Tomio Maruyama, qui aurait été construit au 4ème siècle pendant la période Kofun, qui a duré de 300 à 710 après JC. Le site est le plus grand tumulus circulaire du Japon, mesurant près de 110 mètres de diamètre. 

La lame mesure environ 5 centimètres de large, mais le fourreau partiellement restant mesure près de 8 centimètres de large en raison de sa forme sinueuse.


C'est la plus grande épée de fer du Japon et le plus ancien exemple d'épée sinueuse. 

Le miroir est le premier du genre à avoir été mis au jour, mais l'épée massive est l'une des quelque 80 reliques similaires à avoir été découvertes à travers le Japon. 

L'épée est cependant le plus grand spécimen de ce type et est deux fois plus grande que la deuxième plus imposante épée trouvée dans le pays. On pense que les épées plus grandes avec la forme ondulée distinctive des épées dakō étaient perçues comme ayant de plus grands pouvoirs pour se protéger contre les mauvais esprits, l'épée étant si grande qu'elle n'était probablement pas destinée au combat contre les personnes.

Source:

 

Derniers articles sur le Japon:

3.08.2023

Un peigne en os humain découvert en Angleterre

Il y a plusieurs années, près d'un village à quelques kilomètres au nord-ouest de Cambridge appelé Bar Hill, des archéologues du Museum of London Archaeology (MOLA) ont déterré un peigne daté entre 750 avant notre ère à 43 de notre ère, taillé dans un os. 

Un peigne en os humain découvert en Angleterre 
Le peigne de Bar Hill. Photo: MOLA
 

Mais pas n'importe quel os. Cet objet, ont découvert les scientifiques, a été sculpté dans un os pariétal humain, une partie du crâne humain. 

 

D'autres artéfacts de l'âge du fer faits d'os humains ont déjà été trouvés dans la région du Cambridgeshire, mais celui-ci était particulièrement inhabituel.

Il n'y a pas de trace d'usure sur les dents du peigne, ce qui suggère que son but était ornemental ou spirituel plutôt que pratique.

Le morceau d'os rectangulaire est assez petit pour tenir dans la paume de la main, et est sculpté en forme de peigne, aujourd'hui fissuré et avec des dents cassées. Il semble avoir fait partie d'un objet plus grand à un moment donné; un bord est clairement cassé, avec une partie du rebord d'un trou circulaire sculpté. 

 
Une reconstruction de ce à quoi le peigne d'origine aurait pu ressembler. Photo: MOLA

Cela a conduit l'archéologue du MOLA Michael Marshall à une hypothèse : le peigne aurait pu être une sorte d'amulette, portée en pendentif: "Le peigne de Bar Hill a peut-être été un objet hautement symbolique et puissant pour les membres de la communauté locale. Il est possible qu'il ait été sculpté dans le crâne d'un membre important de la société de l'âge du fer dont la présence a été en quelque sorte préservée et commémorée à travers ses os."

Le Cambridgeshire avait produit des outils fabriqués à partir des os des bras et des jambes d'humains, utilisés pour nettoyer les peaux d'animaux, mais le crâne avait une signification particulière. 

 

Dans toute l'Europe de l'âge du fer, les pendentifs fabriqués à partir de crânes humains sont relativement courants. 

En fait, d'anciens pendentifs et outils fabriqués à partir d'ossements humains ont été trouvés dans le monde entier.

Mais le peigne sculpté est vraiment étrange. Seuls deux autres peignes de l'âge du fer fabriqués à partir d'os humains ont été trouvés en Grande-Bretagne, et ils sont originaires de la même région: Earith, à 14,5 kilomètres (9 miles) au nord de Bar Hill, et Harston Mill, à 19 kilomètres au sud de Bar Hill.

Cela suggère que ce type spécifique d'artéfact pourrait avoir été une coutume culturelle locale. Quant à ce que signifie la forme du peigne, l'ostéologue du MOLA Michael Henderson pense que la réponse pourrait être dans le crâne lui-même. 

Le crâne humain n'est pas une pièce entière, mais des os séparés qui sont reliés par un tissu fibreux appelé sutures crâniennes. Ces articulations ressemblent aux dents des fermetures à glissière ou, aussi, des peignes. Alors peut-être, ont suggéré les chercheurs, les dents du peigne de Bar Hill ont pu être sculptées pour rappeler aux gens d'où vient l'os.

"Ces dents et lignes sculptées auraient mis en évidence l'origine du peigne de Bar Hill, en particulier pour les communautés locales de l'âge du fer qui connaissaient les restes squelettiques", explique Marshall, "Son symbolisme et sa signification auraient été évidents pour quiconque l'aurait rencontré."

La fouille a également révélé une grande quantité d'os de grenouilles et de crapauds (environ 8 000) dans un fossé à côté d'une rotonde. Comment et pourquoi ces os se sont retrouvés là-bas est un véritable mystère.

Source:

3.01.2023

Des archéologues italiens utilisent des robots à Intelligence Artificielle pour reconstituer le passé

En Italie, des experts utilisent un nouveau système appelé RePAIR, dont le nom signifie "Reconstruire le passé : l'intelligence artificielle et la robotique rencontrent le patrimoine culturel. Cela doit aider à reconstituer des fragments anciens retrouvés à travers le pays.

Des archéologues italiens utilisent des robots à Intelligence Artificielle pour reconstituer le passé 
Photo: RePAIR
 

Financé par l'Union européenne et lancé en 2021, RePAIR fonctionne comme un résolveur de casse-tête mécanique. En cela, la machine est conçue pour "développer une technologie révolutionnaire pour éliminer pratiquement l'une des étapes les plus laborieuses et les plus frustrantes de la recherche archéologique, à savoir la reconstruction physique d'œuvres d'art brisées", selon un communiqué publié sur le site Web du projet (https://www.repairproject.eu).

Détruites par l'éruption du Vésuve en 79 de notre ère et conservées par la suite dans les cendres volcaniques, la plupart des villas, monuments et reliques de Pompéi continuent de fasciner les historiens des millénaires plus tard; cependant le processus de compilation des fragments individuels peut prendre des années, souvent sans succès à la fin.

Parmi les tâches en cours, RePAIR réassemble une fresque de Pompéi vieille de 2 000 ans: il scanne chaque pièce en fonction de sa taille, de sa forme et de son illustration, tandis que l'archéologue peut accomplir d'autres tâches plus complexes à portée de main.

"Notre objectif est de laisser l'archéologue revenir du site de fouilles le soir, jeter tous les fragments sur la table, et le lendemain matin voir le vase complet après que le robot l'ait assemblé pendant la nuit", a déclaré l'un des scientifiques fondateurs de RePAIR, Ohad Ben-Shahar.

La machine "nous présentera des résultats intermédiaires si nécessaire, et demandera à consulter un expert humain qui déterminera si le résultat est bon ou s'il faudra régler l'ordinateur pour aider à le mettre dans le bon sens," a ajouté Ben-Shahar, " Les gens ont toujours construit des machines pour les aider. Dans notre projet, les machines autonomes seront aidées par des personnes."

Source:

 

Présentation du projet RePAIR:

 

2.26.2023

D'anciennes traces de chirurgie cérébrale découvertes en Israël

Dans le site archéologique de Tel Megiddo, une tombe contenant les restes squelettiques de deux personnes a été découverte. On pense que les individus étaient frères.

D'anciennes traces de chirurgie cérébrale découvertes en Israël 
Photo: Kalisher et al., 2023, PLOS ONE, CC-BY 4.0
 

L'un des crânes comportait un trou de 30 millimètres carrés et était situé dans l'os frontal. Ce trou a été créé lorsqu'une partie du crâne a été enlevée chirurgicalement dans le cadre d'une ancienne pratique médicale connue sous le nom de trépanation.

Rachel Kalisher, étudiante à l'Institut Joukowsky d'archéologie et du monde antique de l'Université Brown aux États-Unis, rapporte: "Nous avons la preuve que la trépanation est ce type universel de chirurgie, répandu depuis des milliers d'années. Mais au Proche-Orient, on ne le voit pas si souvent; il n'y a qu'une dizaine d'exemples de trépanation dans toute cette région."

En médecine moderne, un traitement appelé craniotomie est utilisé pour traiter les tumeurs ou les caillots sanguins, ainsi que pour retirer les objets étrangers comme des balles du crâne. 

 

Une thérapie médicale rare et coûteuse 

L'enquête a amené les chercheurs à conclure que l'un des frères avait subi une trépanation à encoche angulaire, qui est un type spécifique de chirurgie crânienne. La méthode consiste à couper quatre lignes à travers le crâne afin de créer un trou carré. 

 
 (A,B) Vues agrandies de la trépanation. (C) Les quatre bords de la trépanation. (D) Emplacement reconstitué de la trépanation sur la tête. Kalisher et al. 2023, PLOS ONE, CC-BY 4.0
 

Dans l'étude publiée dans la revue Plos One, les chercheurs ont écrit : "Parmi les multiples découvertes de l'étude, nous souhaitons mettre en évidence le type particulier de trépanation crânienne, la plus ancienne du genre dans la région. Cette procédure peu courante a été pratiquée sur un individu de l'élite présentant à la fois des anomalies du développement et une maladie infectieuse, ce qui nous amène à supposer que cette opération pourrait avoir été une intervention contre la détérioration de sa santé."

Selon les opinions des médecins spécialistes, ce type de thérapie médicale était très rare dans la région et réservé aux riches. Selon les résultats de l'analyse des os, les deux frères souffraient d'une sorte de maladie chronique.

Les chercheurs ont l'impression que les frères riches ont passé quelque temps à Megiddo au 15ème siècle avant JC. Ces tombes contenaient des aliments de haute qualité ainsi que des poteries comparables à celles trouvées dans d'autres tombes voisines d'individus de haut rang. On pense que l'un des frères est décédé alors qu'il était adolescent ou au début de la vingtaine, et l'autre est décédé entre 20 et 40 ans, tous deux peut-être à cause d'une maladie infectieuse.

 
(A) La zone où les restes ont été trouvés, avec la tombe surlignée en jaune. (B) Une photographie du site funéraire et des restes. (C) Un dessin où un individu est représenté en bleu et un autre en vert. Kalisher et al. 2023, PLOS ONE, CC-BY 4.0


D'après Rachel Kalisher: "Ces frères vivaient manifestement dans des circonstances pathologiques assez intenses qui, à cette époque, auraient été difficiles à supporter sans richesse ni statut.

 

Importance de la découverte 

Les experts ont précisé que la découverte est importante car elle met en lumière la pratique de la médecine ancienne, révélant comment les interventions médicales étaient effectuées à une époque antérieure à la médecine moderne. 

Les chercheurs pensent que la trépanation a été pratiquée dans le but de soulager les symptômes d'une maladie chronique, bien qu'ils admettent qu'il est impossible de connaître la raison exacte de la chirurgie.


Source:


Lien vers l'article de PlosOne: "Cranial trephination and infectious disease in the Eastern Mediterranean: The evidence from two elite brothers from Late Bronze Megiddo, Israel"